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La cohabitation entre chiens, lorsque cela se passe mal

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souris65
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La cohabitation entre chiens, lorsque cela se passe mal

Message par souris65 » sam. 6 août 2011 18:12

Il y a parfois des problèmes pour faire cohabiter des chiens ensemble, surtout lorsque cela engendre des frictions, voire même des combats sanglants. Plusieurs cas de figure peuvent se présenter : nous avons un chien et nous allons en acquérir un second, un éleveur qui a de nombreux chiens dont certains qui ne s’entendent pas entre eux, une promenade où une rencontre va avoir lieu avec un chien inconnu, etc.

L’éthologie des canidés
Chez l’ancêtre du chien, le loup, la vie en meute est une nécessité vitale pour la survie : chasser en groupe permet de se procurer des proies importantes, cela permet une meilleure défense contre les prédateurs, un nourrissage et un élevage des louveteaux plus complet…Cette vie communautaire exige donc une socialisation importante depuis le plus jeune âge afin de maîtriser la communication, avec surtout les postures d’apaisement qui désarment psychologiquement l’agresseur, des rituels bien rôdés qui mènent à l’inhibition naturelle de la morsure. D’autre part, il n’y a pas de limitation territoriale, ce qui permet en cas de problème d’avoir une distance de fuite confortable qui apaise les velléités. Ce qui n’est pas le cas pour les loups vivant en parc ou dans un zoo où les accrochages sont fréquents.

En ce qui concerne le chien, la socialisation est souvent incomplète, parfois même inexistante, car il quitte sa mère pour se retrouver dans un milieu humain où il a peu de contact avec des congénères (d’où l’importance de réaliser celle-ci correctement chez l’éleveur, puis de l’entretenir chez le maître, une des raisons qui m’ont fait inventer les écoles de chiots). Ensuite son existence se déroule en milieu artificiel propre aux humains, dans un espace très limité.

Enfin, l’homme a tendance à anthropomorphiser ses relations avec lui et donc à créer des troubles du comportement comme l’hyperattachement (qui peut engendrer une agression systématique des autres chiens qui s’approchent). En théorie pourtant, un mâle adulte n’attaque jamais un chiot de moins de 6 mois ou une femelle (K. Lorenz), les tentatives de dominance s’adressent aux congénères du même sexe. L’homme a également sélectionné des races où cette volonté de soumettre l’autre est plus développée, tout comme chez les coqs, les taureaux, les poissons de combat.

1) Le second chien
Si nous avons un chien adulte et que nous voulons acquérir un chiot, en principe tout devrait bien se passer s’il s’agit du sexe opposé, par contre pour des individus du même sexe des conflits peuvent apparaître à l’accueil et surtout à la puberté du plus jeune.

Comment limiter les problèmes ?
Il faut penser que pour le chien adulte l’arrivée de l’autre engendre un conflit interne, une angoisse liée à la peur de perdre son rang hiérarchique. Surtout s’il est très gâté, il aura la crainte de perdre ses prérogatives (contacts avec les maîtres, lieu de couchage et d’alimentation, etc.), selon l’individu il va donc manifester de différentes façons : aboiements, montrer les dents, agression, boulimie, faire des trous dans le jardin…

On doit donc s’arranger pour que cette arrivée du plus jeune soit acceptée et qu’il ne la considère pas comme une mise à l’écart :
- Lui faire sentir environ une semaine avant, un tissu imprégné de l’odeur du chiot, en associant avec quelque chose d’agréable comme un jouet ou une friandise. On laisse le bout de tissu dans son panier.
- Deux ou trois jours avant l’arrivée, on l’ignore : pas de caresses, pas de jeux, pas de friandises. Une mise à l’écart momentanée qui va l’inquiéter.
- Lorsque le chiot arrive, on le pose dans le jardin (pas dans les bras) et on lui laisse faire connaissance avec celui-ci, tout en le caressant et on lui offrant quelque chose d’agréable. Il sera soulagé d’avoir retrouvé les bonnes grâces du maître et aura moins tendance à chasser l’intrus.
- On va attribuer au jeune un espace différent pour la gamelle et le lieu de couchage en veillant à ce qu’il ne puisse accéder à celui de l’ancien.
- On va faire des promenades à l’extérieur dans un endroit sans danger où les deux chiens peuvent se promener en liberté, le jeune va commencer à suivre à la fois son maître et l’ancien.
- On pratique l’éducation par la méthode naturelle avec les deux chiens en même temps : rappel avec récompenses à l’arrivée (d’abord pour l’ancien, puis pour le chiot), les positions assis-couché-debout avec la gestuelle et la récompense dans chaque main pour chacun des chiens.
- D’une manière générale, l’adulte est toujours récompensé, caressé, nourrit en premier, ce que beaucoup de maître ont du mal à comprendre car il est évident qu’ils fondent devant le « bébé » de 2 mois.
- En fonction de l’acceptation du plus ancien, on pourra progressivement rapprocher les lieux de repas et de repos.
- Au moment de la puberté du plus jeune, on maintiendra ces règles de cohabitation et on observera comment les deux compères vont réagir, il est possible que des querelles aient lieu, tant qu’elles ne vont pas trop loin on évite d’intervenir. Il est possible qu’une inversion de la dominance survienne, dans ce cas là on doit la respecter et c’est le nouveau qui recevra notre attention en priorité.


2) Les conflits entre chiens chez l’éleveur
La vie en groupe dans un territoire restreint, va engendrer des frictions, pour les raisons que nous avons évoquées plus haut. Certains éleveurs font vivre tous leurs chiens dans la maison, les chiens s’accommodent de cette vie peu naturelle mais il arrive que des accrochages aient lieu. En général cela est lié à des modifications, par exemple, au fait qu’une chienne soit en chaleur, qu’elle attende une portée, que survienne la puberté pour les deux sexes, qu’un chien soit malade et que l’éleveur s’en occupe plus particulièrement, qu’un chien ait quitté l’élevage pendant un certain temps et revienne…

Nous savons que les loups ou les chevaux que l’ont fait vivre en espace limité, surtout s’ils sont en nombre, ont beaucoup de problèmes comportementaux que n’ont pas ceux qui sont en espace ouvert : stéréotypies (mouvements répétitifs comparables aux TOC des humains stressés), aboiements, coprophagie, irritabilité, agressivité, etc. Pour les chiens il en va de même malgré le fait que l’homme les humanise au maximum, un chien restera toujours un chien. Chez un éleveur cela peut être préjudiciable, c’est le cas des femelles qui ont un blocage de l’œstrus et qui ne peuvent pas reproduire, tout simplement parce qu’on les fait vivre avec une femelle très dominante.

Lorsqu’il y a des combats dans le groupe plusieurs individus peuvent être impliqués par effet de meute, on imagine ce que cela donnera dans un salon.
L’idéal, c’est de constituer des groupes compatibles qui vivent dans de confortables chenils avec une cour d’ébats d’au moins 50m2, que l’ont fait rentrer à tour de rôle dans la maison pour 2 ou 3 heures chaque jour.

Enfin pour gérer les excitations générales au moment des promenades ou lors de la visite de personnes, on doit d’abord travailler sur les leaders de groupe (ceux qui sont imités), on les éduquant pour pouvoir les contrôler. Des exercices d’obéissances par le jeu (ma Méthode Naturelle), dévier l’attention par une friandise ou un jouet, pénalisation souple au besoin à l’aide d’un pistolet à eau ou d’un collier électronique qui projette de l’air grâce au boitier de télécommande du maître (Dynavet). Les jeunes apprendront en observant les plus anciens.


3) En promenade mon chien est en laisse et se fait attaquer par un congénère
C’est une situation difficile car nous ne connaissons pas ce chien inconnu, nous ne savons pas comment il va réagir, et à quoi il est sensible, pour le faire fuir. Cela peut être très grave s’il y a une disproportion de taille, un gros molossoïde peut d’un simple coup de dent tuer un chien de petite taille.

Comment bloquer l’agression avant le contact ?
On évite de prendre son chien dans les bras, cela ne fera qu’exciter l’agresseur, par contre on le place contre nous et on fait semblant de ramasser une pierre (cela peut marcher à la campagne où les chiens sont encore corrigés ainsi).
On peut utiliser une partie de la laisse (si elle est assez longue) pour faire un moulinet devant la tête du chien.
On peut hurler en exprimant sa colère, le corps penché en avant, la main levée (posture de menace).
On peut interposer devant l’agresseur un sac, une valise, ou mieux ouvrir brusquement un parapluie pliant (prévoir en promenade).
On peut utiliser une bombe anti-agression (attention à la direction du vent) ou un appareil qui émet des ultrasons (peu efficace).
Ces conseils ne sont pas limités, en fait chaque chien est différent ainsi que chaque situation.


L’attaque a lieu, comment la faire cesser ?
Que ce soit à la maison entre chiens qui se connaissent ou à l’extérieur entre chiens inconnus, le comportement de combat reste le même. Chez les canidés l’objectif est de renverser l’autre sur le dos et de l’attraper à la gorge, le point le plus vulnérable (la raison pour laquelle les chiens qui protègent les troupeaux contre les loups ont un collier à pointes extérieures). Pour cela l’attaque a lieu en hauteur, pendant que l’épaule pousse l’adversaire, certains mordent les pattes antérieures pour faire tomber. Ensuite celui qui a réussi à terrasser l’autre va lui saisir la gorge et secouer.
Si celui qui est dessous se soumet en s’immobilisant et si celui qui est dessus a appris l’inhibition de la morsure (vers 3 à 4 mois en jouant avec d’autres chiots et on se soumettant aux adultes), cela n’ira pas plus loin, le vainqueur va uriner, gratter, tourner autour.
Si celui qui arrive est un vrai dominant, il se contentera de montrer les dents de se grandir en marchant sur la pointe des pattes, de tourner en paradant, si votre chien ne montre pas d’agressivité il n’a aucune raison d’attaquer.
Le problème est grave lorsqu’il s’agit de chiens mal socialisés ou de chiens qui ont peur des congénères car ils se sont fait attaquer lorsqu’ils étaient jeunes (les maîtres vont les qualifier à tort de dominants, alors que c’est la peur qui les pousse à attaquer pour faire fuir celui qu’il craigne). Il est évident alors que si votre chien bien socialisé se fait mordre, il cherchera à se défendre par instinct de survie.
Si les chiens sont de tailles égales, si votre chien a une fourrure épaisse (le Colley par exemple), les risques immédiats sont moins grands et vous avez une trentaine de secondes de marge de manœuvre pour tenter de les séparer.
Si un chien puissant c’est saisi d’un chien de petite taille (yorkshire par exemple), l’intervention salvatrice doit intervenir dans les 3 secondes. Il faut savoir que certains chiens sont peu sensibles à la douleur que l’on va créer pour sauver une vie (le stress a une action antinociceptive, une insensibilité à la douleur par libération de dopamine, sérotonine, noradrénaline, enképhalines), cela peut même augmenter l’agressivité. Il y a également le risque de morsure redirigée vers l’humain, au moment où on sépare les belligérants ils peuvent s’en prendre aux personnes qui les tiennent.

Les différents trucs pour séparer les chiens :
- Si l’autre maître est présent, chacun rappelle son chien et part dans la direction opposée (en général, sur les chiens de petit caractère cela peut marcher)
- Projection d’eau
- Soulever chaque chien par les postérieurs

Pour les cas d’urgence où une vie est en jeu :
- Chaque maître va saisir son chien par la queue (s’il en a une), attraper les testicules et les tordre (s’il s’agit de mâles), dés qu’ils vont lâcher, les projeter au sol en arrière avec un ordre impératif de blocage
- Introduire une bouteille d’eau (il faut en avoir une sous la main) dans la gueule du chien qui est en train de tuer l’autre, s’il ne veut pas étouffer il faudra qu’il lâche, à ce moment là on le tire en arrière
- Enfin, le seul remède efficace pour séparer les chiens de combat japonais (Tosa inu), endurcis depuis l’enfance pour supporter la douleur, le feu. On utilise un briquet en mettant le réglage de la flamme à fond, celui qui est en train de tuer le petit chien est saisi d’une main au collier ou au cou, de l’autre main on va le brûler sous la babine inférieure, dés qu’il lâche on le tire en arrière. Il n’aura pas grand mal et on aura peut-être sauvé une vie.

Joseph Ortéga - Septembre 2010
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